Bahamas – avec Gérald

16 avril 2015 by Julian in Reportages 0 comments
Bahamas – avec Gérald

Après la Patagonie en Ovni, les Bahamas ! Parfois dans la vie, je suis fasciné par les enchaînement d’événements, et celui-ci en est un bel exemple. Tout à commencé en visionnant la vidéo de présentation de mon futur bateau sur internet, filmée lors du Grand Pavois de la Rochelle. Je venais de signer le bon de commande du bateau, et me disait rien de mieux que de contacter un autre propriétaire pour avoir son retour d’expérience après quelques mois ou années en mer.  En regardant le nom du bateau sur la vidéo, j’arrive sur le site Allures de Saudade. De magnifiques photos, des textes travaillés, une traversée Cap-Vert/Martinique toute récente, voilà qui me fait déjà rêver. Nous entrons alors en contact et discutons du chantier, des options. Je vois sur son site que Gérald, le capitaine, cherche un équipier pour traverser de Cuba aux Bahamas. Je regarde les billets d’avions, on parle des dates, et allez hop, c’est bon !

Et me voici quelques semaines plus tard à la Havane, par 32° avec le look de gars qui n’avait pas trop prévu le coup. On m’aurait écrit touriste sur un t-shirt, je pense que cela aurait moins attiré l’attention sur moi… Tous les clichés sont là : les cigares, les coco-taxi, les musiciens, le rhum, les guayabera, les vieilles américaines. A peine le temps de m’acclimater qu’il est temps de rejoindre le bateau.

Direction Varadero, dans bus presque trop confortable de la compagnie Viazul, pour rejoindre Gérald et embarquer à bord. On discute des heures, du bateau, de son voyage, de navigation, de Cuba, de rhum, des gens qui voient un éléphant dans un boa. Il me parle de sa vie quand il était second dans la marine marchande, à se prendre des obus sur le tanker pendant la guerre Iran-Irak, à stopper le navire en pleine mer pour récupérer des boat people quelques minutes avant leur naufrage. Est-ce le hasard, ou est-ce que les marins sont des gens atypiques, passionnés, au parcours jamais linéaires?

En Patagonie j’étais invité, là je suis équipier : il me faut dépoussiérer mes vieilles et maigres connaissances de voile. Heureusement, Gérald est bon professeur, il m’explique les manoeuvres, les commandes, le fonctionnement du bateau. Tout commence à s’emboiter dans ma tête, et je me sens prêt. Nous procédons à l’avitaillement, dépensons nos derniers CUC en langoustes et bouteilles de rhum.

Nous quittons Varadero au petit matin et déjà je retrouve mes repères. La pleine mer, le vent, les vagues, le tangage, et la côte qui s’éloigne lentement. Le voilier est magnifique. Je ne l’avais vu que sur les salons, dans sa tenue minimaliste avec le verre, l’assiette, le coussin et l’orchidée de démonstration, mais jamais avec un homme et toute sa vie à l’intérieur. En mer, il est élégant, confortable, réconfortant, lumineux. Je me sens immédiatement bien à bord. Quelle idée d’acheter un voilier sans jamais avoir naviguer dessus…

Après une première journée de navigation, nous ne devions pas être loin de Key West, Gérald me donne les derniers conseils et on se prépare pour nos quarts de nuit. Nous devons rattraper le Gulf Stream qui nous aidera à remonter sur Bimini Island.

La navigation de nuit, c’est celle que je préfère. Le sentiment de liberté est à son paroxysme. Il n’y a plus d’horizon, les minutes se transforment en heures, le temps ralenti. C’est à ce moment que je me rends compte de l’influence de mon quotidien de citadin trentenaire sur mon existence. Ici je suis sans lumière, sans écran, sans distraction, sans rien d’autre à faire que regarder la profondeur de la nuit noire. Je me fascine pour la trainée que laisse le voilier sur la mer, je pense, je regarde les étoiles, des souvenirs remontent, des bons, des mauvais, et petit à petit, la mer commence à me laver de ma vie de terrien.

Le lendemain, l’arrivée aux Bahamas en fin d’après midi est somptueuse. L’eau turquoise sur des kilomètres, chaude et limpide. Ces moment où l’on se dit que la vie est belle, que la nature est belle, au point de ne pouvoir empêcher le sourire de monter au visage. Nous passerons quelques jours ici, entre ballades, baignades et kayak, au milieu des raies, bancs de sables et étoiles de mer. L’ile d’Hemingway nous aura offert ses splendeurs.

Nous naviguons ensuite jusqu’à Freeport, sur Grand Bahama. La marina qui nous accueille est une sorte de motel intemporel qui donne l’impression d’être coupé du monde. Ici, c’est comme une grande famille, un village dans le village où tout le monde se connait. Nous sommes amarrés à coté d’un couple de Genevois (la Suisse à beau être un petit pays, on croise des Suisses partout !), et faisons rapidement connaissance. Il naviguent sur leur Ovni 365 « Agape », et rêvent de rejoindre New York puis de remonter l’Hudson jusqu’à Montréal. Nous parlons de leurs amis Chamade, d’autre genevois passionnés par le Grand Nord, qui m’ont mis eux aussi des étoiles dans les yeux.

Nous filons ensuite à Little Harbour Cay dans les Berry Island et jetons l’ancre dans une petite baie complètement isolée. Pour seul village, le Flo’s Conch Bar, qui ouvre uniquement sur appel VHF. Nous mouillons dans 1m50 d’eau, dérive relevée, et savourons tous les plaisir du dériveur intégral comme avoir pied en se baignant autour du bateau. Poissons, coraux, tortues, raies, étoiles de mer, ballades en kayak, iles désertes, sable blanc, eaux translucide. Si jusqu’à maintenant le temps s’était ralenti, ici il s’est arrêté.

Nous resterons quelques nuits dans ce paradis, irons voir Chester dans son bar, sauverons l’annexe de nos voisins partie à la dérive,  et passerons des heures à ne pas se lasser du paysage. Mon corps vit maintenant au rythme des vagues, de la nature, des levers et couchers de soleil, des moments de silence, de contemplation. Les nuits sont douces, les rêves paisibles, tout se calme, et je me dis que j’ai fais le bon choix.

Je dirais au revoir à Gérald après une traversée jusqu’à Nassau et un café Starbucks sur le port. Si nos programme ne changent pas, nous devrions nous revoir aux Marquises, il m’a promis un daikiri.

Le retour à la civilisation ne sera pas difficile, car dans ma tête je sais que maintenant ma vie est ici.

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