Salvador de Bahia à Rio de Janeiro

27 octobre 2016 by Julian in Journal Reportages Vidéos 0 comments
Salvador de Bahia à Rio de Janeiro

Après avoir quitté Jacaré, et une arrivée de nuit fabuleuse dans la ville de Salvador, j’entame la descente vers Rio de Janeiro pour rejoindre mes futurs équipiers : un mois de navigation intensive, d’exploration dans l’Etat de Bahia.

Mouillages somptueux, plages, remontées de fleuves… la navigation ici est incroyable, le bassin est très grand, il y a tant à voir, à faire, à découvrir. Je me suis retrouvé perdu dans de petits villages de pêcheurs, au milieu des pirogues. Ici la culture africaine est très présente, dans les rites, la religion, la cuisine, la musique. Je regrette de ne pas avoir eu plus de temps, ce mois de navigation me laisse le meilleur souvenir maritime de mes six mois au Brésil.

L’exploration

Après une semaine dans la ville de Salvador, je passe la nuit sur l’île voisine d’Itaparica. C’est le point de départ de la vidéo. Cette île est très prisée des Salvadoriens, ils y vont le week-end, certains ont appris à nager là-bas et l’île a pour eux le goût de l’enfance.

Itaparica est à l’entrée de la baie de la « Baía de todos os Santos », la baie de tous les Saints. Cette baie est un paradis pour les bateaux : immense, pleine d’iles, protégée de la houle et des vents. A l’ouest de la baie, le Rio Paraguaçu, un immense fleuve entouré de mangrove. Je décide de m’y aventurer et d’y passer quelques jours.

Après avoir déambulé dans les bras les plus fins du Rio (c’est pas drôle de passer là où y’a de la place !), j’arrive en fin d’après midi à São Francisco, en face d’un immense et ancien monastère de l’époque coloniale. Je vais passer ma première nuit ici. Le contraste avec la ville, ou même l’île d’Itaparica (qui sera plutôt une station balnéaire) est saisissant. Je suis tout seul ! Je mouille en face du monastère, débarque en annexe, visite le petit village puis m’installe admirer le coucher de soleil. Dans la vidéo, ce moment est pile lorsque la musique change brusquement. Je voulais symboliser le « choc » de se retrouver d’un coup aussi loin de tout, au calme.

Pour la petite histoire, ce plan-séquence est un peu « spécial » car à la base je filmais uniquement le coucher de soleil. Et puis je remarque que deux pécheurs préparent une pirogue pour partir, alors je change un peu l’angle en filmant. Puis dans le ciel, un oiseau arrive sur la gauche et se met à traverser le cadre. En le suivant, j’arrive sur un couple d’amoureux sur la jetée en face du monastère qui contemple aussi le coucher de soleil… Une suite d’événements mieux que dans une story-board ! Au montage, je découvre que la musique (Águas de Março de Tom Jobim et Elis Regina) qui passait à la radio collait elle aussi parfaitement à ce moment : c’est une célèbre chanson Brésilienne dont les paroles ne sont que suite de mots et d’images intercalés par des « et » pour retranscrire ambiances, histoire et émotions. Ces instants où tout s’enchaine parfaitement sont je crois le signe qu’on est au bon endroit au bon moment…

Un peu plus tard, je demande à la petite gargote d’où je contemplais le coucher de soleil s’ils faisaient à manger. Visiblement non, mais comme toujours au Brésil, ils me répondent « oui oui pas de problèmes ». 30 minutes après arrive en sortant d’une toute petite maison au loin une femme toute souriante avec un copieux plat de crevettes au lait de coco, tout juste préparé pour moi…

Le lendemain, je remonte encore plus au Nord, dans une zone non cartographiée. L’aventure commence vraiment ici ! D’autant plus que les fonds découvrent à marée basse, c’est rempli de bancs de sables. Je suis guidé par des waypoints trouvés sur Internet, dans l’excellent guide de Caramel. C’est après plusieurs heures au moteur que j’arrive à Santiago do Iguape. Le dépaysement est total. A l’ancre en face d’une ancienne église, je débarque en annexe dans la vase et au aurais jusqu’aux mollets tout l’après midi ! Je suis entouré de pirogues de pêcheurs, je me croirais en Amazonie. C’est un autre Brésil ici, loin du monde, loin des villes. Je suis triste de ne pas pouvoir rester plus longtemps et devoir me contenter d’une nuit.

Ensuite machine arrière puis petite escale dans la ville de Maragogipe, toujours dans le Rio, pour faire quelques courses.

Le lendemain, je redescends le fleuve pour aller visiter un archipel d’îles au centre de la baie. Je me faufile entre l’Ilha das Vacas, l’Ilha Maria Guarda,  Bimbarras, Madre de Deus puis emprunte un tout petit chemin pour arriver dans une crique totalement abritée entre l’Ilha do Frade et Bom Jesus. Deux nuits de calme absolu au mouillage à deux mètres seulement de la mangrove, merci le dériveur intégral ! Je passerais mes journées à tenter de lire le Petit Prince en Portugais, me souvenir de tous les gens incroyables que j’ai rencontrés dans le Paraíba et qui désormais voyagent avec moi.

Puis la mer

Retour à Salvador pour les pleins d’eau et de gasoil. Il me faut maintenant foncer direction Rio pour aller chercher mes équipiers. Mais pas si vite non plus ! Il y a sur la route un endroit incontournable : Morro de São Paulo sur l’Ilha de Tinharé. Une destination touristique à la mode, mais ô combien jolie !! Piscines naturelles, végétation luxuriante, chambres chez l’habitant, tout me fait un peu penser à Fernando de Noronha. Même ambiance. Visite du phare puis petite randonnée pour atteindre un joli belvédère qui donne sur les plages protégées par les récifs. Je ne vais cependant pas rester ici, le mouillage est très rouleur. Direction le continent pour mouiller devant une grande plage de sable blanc, déserte, au pied des cocotiers. Le mouillage de Bom Jardim pour ceux qui veulent y aller !

Je prends ensuite la mer, direction Santo André, à côté de Porto Seguro. Je suis au mouillage dans l’entrée du Rio à près d’un immense banc de sable, C’est magnifique. Je viens ici rendre visite à un ancien collègue de travail de l’époque Cross-Systems qui a atterri là-bas et n’as pas réussi à repartir…

Je suis pris par le temps, je dois passer si vite sur des endroits incroyables : des remontées de Rio, des mouillages au pied des cascades comme à Camamu ou Ilhéus, des iles désertes, des plages sauvages. Je passe en vitesse sans m’arrêter sur l’archipel des Abrolhos aves ses eaux turquoises et poissons multicolores…

L’arrivée sublime

Et puis après plusieurs heures au près, j’arrive à Rio de Janeiro. Epoustouflant. Arriver en voilier à Rio est indescriptible. Tant de symboles : le Corcovado, le Pain de Sucre, OSS 117, Copacabana, Ipanema… Je suis accompagné des heures par d’immenses oiseaux qui me survolent, j’arrive au petit matin au soleil levant. Les collines sortent de l’horizon, dans la brume puis le soleil. Je découvre petit à petit le Pain de Sucre puis le Corcovado. J’aperçois Copacabana. Tout ceci me semble tellement irréel, je suis venu ici tout seul avec mon petit bateau ! L’arrivée la plus émouvante depuis le départ, je suis littéralement en larmes devant tant de beauté.

Cette arrivée sonne aussi la fin de la navigation en solitaire, que j’aurai tant adorée. Au début cela a été difficile, mais le lien créé avec la mer, le bateau, les gens est irremplaçable. Si singulier. Jamais je n’aurais pu autant vivre et ressentir, me perdre, aller vers les autres si je n’avais pas été seul.

Pour la suite, trois équipiers vont me rejoindre le 1er Novembre ici à Rio, et devraient m’accompagner jusqu’en Patagonie et les mers du Sud. Je ne sais pas à quoi m’attendre, c’est une nouvelle aventure qui va commencer et qui s’annonce déjà palpitante !

Vou ficar com Saudades…

Je resterai plein de nostalgie de ma vie dans le Nordeste, qui me manque déjà. Le bonheur ici a une teinte si douce. J’ai vraiment l’impression de laisser une partie de moi-même ici, d’avoir trouvé une place sur terre où je me sens bien, où les choses me semblent naturelles. Mais je pars heureux et léger, car maintenant je sais que j’ai un foyer.

« Nossa casa é onde nosso coração está. »

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