Premières impressions…

23 octobre 2015 by Julian in Journal 7 comments
Premières impressions…

Voilà maintenant un mois que nous sommes partis, tant de choses se sont passées en si peu de temps ! Nous avons quitté Cherbourg le 7 septembre pour nous rendre à la Rochelle, afin d’exposer Wallis au salon du Grand Pavois. Le 25 septembre, nous partions pour Porto, puis avons enchainé sur Lisbonne et ensuite le Maroc côté Méditerranée. Nous sommes maintenant à Cadiz, et nous profitons de la visite de la famille à Roxane pour visiter l’Andalousie.

Mais au fond, que s’est t-il passé en un mois ?

Et bien, difficile à dire ! Je sais qu’il m’est désormais impossible de me souvenir de mon ancienne vie ! Elle semble si lointaine qu’il m’arrive de me demander si elle a vraiment existé…

Ce qui a changé

Au premier abord, c’est le rapport avec nos proches qui, je dirais, s’est le plus transformé. Comme dans chaque grand bouleversement, tout est remué et les cartes sont redistribuées. Au hasard d’ailleurs, nous n’aurions pas pu prévoir qui allait s’éloigner et avec qui nous allions nous rapprocher. Quelques bonnes surprises et quelques déceptions. Probablement nous-même avons du surprendre et décevoir.

En fait, c’est tout le rapport aux autres qui change. Déjà par le fait même de voyager à la voile et d’être régulièrement coupé du monde par l’absence de communication possible lors des traversées. Ensuite, arrivés à terre, tout va également dépendre de notre capacité à trouver du wifi ou acheter une carte 3G locale rapidement. Les relations se font à distance, par intermittence, et surtout elles sont coupées du quotidien. On ne parle plus que de l’essentiel, les liens se sont intensifiés.

La vie sur les pontons, et bien c’est tout l’inverse ! Nous croisons des gens que nous ne reverrons probablement jamais, discutons dans toutes les langues, et passons des moments aussi intenses qu’éphémères. Des amitiés se créent en quelques minutes et paraissent être vieilles d’au moins dix ans. La passion de la voile et du voyage permet de créer des amitiés interculturelles ou générationnelles que nous n’aurions pu connaitre à terre.

Mais le plus gros changement, je dirais que c’est le temps. Fini la flèche chronologique régulière, le temps n’est plus un découpage millimétré de jours, heures, minutes et secondes. La notion de semaine n’existe déjà plus. Un jour commence au lever du soleil pour finir au coucher, il n’a plus de dénomination en -di d’ailleurs, maintenant c’est un jour. Les heures ne sont plus 1/24 de jour, elles n’existent plus non plus, une journée est uniquement une succession de moments. D’ailleurs une activité dans une journée ne se compte plus en heure, mais en activité : « j’ai gonflé l’annexe ». En général, on prévoit une activité par jour, quelle que soit la durée nécessaire à l’activité proprement dite !

Nous ne saurions pas dire si le temps passe vite ou lentement, car nous ne le comptons plus. Et tout ça est encore décuplé en navigation ! Lorsque nous ne côtoyons plus personne, ne voyons même plus la côte, il n’y a que la faim et le sommeil qui rythment nos jours. Avec les quarts de nuit la notion même de journée disparait. L’impression de vivre deux journées en une, ou une en deux est très fréquente.

Notre vie est rythmée par une autre forme de temps : la météo. Nous ne nous déplaçons plus en « vitesse et en distance », mais en météo, dépressions et marrées. Ce qui devient très compliqué lorsque des proches veulent nous rejoindre. Par exemple, en partant de Cadiz, même si nous avançons à 10 km/h et devons parcourir 250 kilomètres pour être à Rabat, nous n’arriverons pas dans 25 heures. Car nous ne pouvons pas savoir quand nous pourrons partir de Cadiz, ni connaitre notre vitesse, ni parfois même notre parcours. C’est la météo qui choisira à notre place.

Autre changement, la vision du monde commence à évoluer. Pas encore par le voyage, le partage ou l’échange culturel, mais par la déconnexion complète des médias. Nous ne savons plus ce qu’il se passe dans notre pays, ni dans le monde d’ailleurs. Parfois nous apprenons telle ou telle nouvelle, mais tout nous semble si lointain…

Et les navigations ?

Et bien, c’est comme si elles avaient toujours été là. Nous n’avons pas un niveau très poussé en voile, mais les quelques connaissances accumulées depuis le début de l’année suffisent à faire avancer le bateau. Les voiles ne sont pas si mal réglées que ça, le bateau file bien et est en général bien équilibré. Les quarts de nuit font maintenant partie de notre vie. En fait, le niveau nécessaire à avoir pour « larguer les amarres » n’est pas si élevé qu’il pourrait paraitre, et choisir de bonnes fenêtres météo permet d’éviter bien des soucis.

Nous nous émerveillons toujours de certaines choses, comme les levers et couchers de soleil, les ciels étoilés, les dauphins ou les maquereaux qui mordent à notre ligne de traine ! J’ai vu au loin notre première baleine, et nous sommes toujours aussi impressionnés par notre ignorance lorsque nous croisons des espèces marines que nous ne connaissons pas.

Petit à petit notre vie s’organise en deux mouvements : en mer et à terre. D’un côté les navigations qui ont leur charme et leur rythme, et de l’autre les escales à terre entre rencontres et découvertes. Car vivre sur un bateau ne veut pas dire forcement vivre en mer, mais plutôt vivre sur l’eau. Nous passons bien 80% de notre temps dans les ports (ou encore trop rarement à l’ancre), à visiter les villes, se balader, découvrir et gouter.

Prochaine étape, le Maroc coté atlantique. Maintenant, c’est le dépaysement qui va commencer !

7 comments on this post

  1. Jacques Pochat
    25 octobre 2015

    Ouaouh!
    Le temps qui n’existe plus! C’est un peu comme l’école sans examen ni classement, le pruneau sans le noyau, la musique sans fausse note, le travail sans chef,  la soirée ivre sans le réveil difficile….

    Merci pour ce reportage que nous avons eu plaisir à partager, et pour les commentaires des premières impressions qui sont maintenant inscrites dans le marbre.
    Et en route vers les prochaines aventures que nous aurons autant de plaisir à découvrir.

    Tout de bon et que du bien.

    Jacques – Evelyne

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    • Julian
      9 novembre 2015

      Merci beaucoup Jacques et Evelyne ! Oui c’est exactement ça, sauf encore pour le pruneau sans noyau : ça serait sans compter sur les tajines marocaines 😉 Mais cette sensation de perception du temps s’intensifie encore aujourd’hui. Certains disent qu’il faut minimum trois mois pour se mettre dans le « non-rythme », et ça me semble réaliste ! L’effet est encore plus important maintenant, et l’apogée sera je pense la traversée de l’atlantique que nous attendons avec impatience. Tout de bon pour vous au pays, profitez bien de joies de l’hiver qui approche !

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  2. Frédéric DEFOSSEZ
    1 novembre 2015

    Merci pour ces premières impressions de votre voyage. Quelle expérience humaine extraordinaire !!!!!!
    Votre vie va changer à jamais. On est avec vous et on vous embrasse !!!! Bon vent et bonne chance.
    Isabelle et Fred du Nooooord !!!!!!

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    • Julian
      9 novembre 2015

      Bonjour Isabelle et Fred !! Merci beaucoup pour votre coucou 🙂 Le vie change réellement, c’est indescriptible ! On commence tout juste à prendre le rythme, et le Maroc nus aide beaucoup pour ça !!

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  3. notheturtle
    12 novembre 2015

    Bon, ça y est, cette fois je réponds ! Je me rends compte que cela fait depuis le début que je lis avidement vos aventures, mais que je ne vous fais jamais de « coucou » pour vous le dire, que je vous lis !
    C’est une véritable bouffée d’air frais à chaque fois, que je savoure de mon bureau ou du tram … Aujourd’hui il fait très froid à Bâle, et je me réchauffe en pensant à vous sur la côte marocaine. Savoir que vous vivez votre rêve me donne des ailes pour réaliser les miens 😉 De gros bisous, et promis je mettrai plus de commentaires désormais …

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    • Julian
      14 novembre 2015

      No ! Quel plaisir de te lire ici, et merci de sortir de ton silence 🙂 Ravis de voir que ces quelques articles te plaisent, te soufflent l’air frais et te donnent déjà des ailes ! Car je crois que c’est en fin de compte le message que nous souhaiterions faire passer 🙂

      Je pense que les rêves existent pour être réalisés, qu’ils nous montrent le chemin de ce que nous sommes. Tant de fois dans ma vie il m’a été demandé d’arrêter d’y croire… et il ne restait plus qu’à mon chevet quelques chansons de Brel ou aquarelles de Saint Exupéry.

      Mais aujourd’hui, quand je m’assois entre le génois et la grand voile, me laissant bercer par le bruit de la mer contre l’étrave et du vent dans les voiles, le bateau filant seul sous pilote automatique vers le large, tout me semble si évident, à sa place.

      Je ne peux qu’encourager les ailes à pousser 🙂

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  4. Jean-Louis CHATELAIN
    19 novembre 2015

    Chère Roxane, Cher Julian,
    Tout d’abord je veux vous dire le grand plaisir que j’ai eu à recevoir un courrier… Postal !!! C’est quelque chose qui est hors du temps, comme l’expérience que vous êtes en train de faire. J’ai transmis à Béatrice, qui était ravie.
    Intéressantes ces premières impressions et le ressenti d’être coupé du monde, avec un nouveau relationnel, et … Être hors du temps. Ceci évoque mes propres expériences dans le genre: Un détachement au Pérou en 1976, sans les communications d’aujourd’hui (un seul contact en 3 mois, et par radio, avec ma famille, et le courrier postal qui allait au rythme des diligences), et ma randonnée en autonomie complète (et sans téléphone) sur le chemin de Guillaumet dans la Cordillère des Andes en 2001.
    Vous échappez à une actualité bien pénible en France et ailleurs. Et vous ne perdez bien car il est aisé de se mettre à jour des horreurs du monde.
    Profitez bien de cette vie hors normes. J’ai hâte de vous lire et de vous rejoindre dans quelque mouillage perdu, et alors que vous aurez déjà pas mal tanné votre existence entre terre et mer.
    C’est magnifique de réaliser ses rêves, même si, au bout d’un long chemin de vie, je suis persuadé qu’il importe d’en entretenir de nouveaux, car je souscris à cette citation (de je ne sais plus qui!): Il y a deux choses terribles pour un homme, ne pas avoir réalisé son rêve, et l’avoir réalisé…
    Depuis mon petit coin tranquille de montagne (nous avons eu un automne somptueux), je vous embrasse
    Jean-Louis

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